Laisse

Sur le sentier des douaniers le buisson de ronces
répand une capiteuse odeur de foutre
 
et pour la première fois je pense à quel point
j’ai aussi cela en moi : ce printemps agressif et qui a procréé deux fois.
 
Je descends les marches et quand je fais le pas de trop un lézard se cache.
Je perçois la lance de son regard dans l’ébouriffure
 
des petites herbes à hauteur de mon front, l’instinct aux aguets
dans la roche, le minuscule cœur au rythme froid, martial.
 
Et soudain en moi une peur indéfinie – comme une modification.
A vingt mètres la mer expulse de sa chair de poule dorée des vagues atones,
 
et sur une des marches qui me remontent au sentier,
tombé d’un des talus paysagés des bords, je remarque le lambeau de jute
 
d’une toile de paillage qui a pourri et dont un court instant, effaré,
je me dis qu’elle pourrait être la mue d’un homme entier.

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