dans le bain

le renoncement à l’hygiène est un des symptômes.
la crasse isole, met une distance de plus entre soi
et le reste du monde.
les mues s’agrègent, le futur pourrit sur pied.
c’est à ça que je pense, ici, dans mon bain.
l’eau ondule à peine déplacée
par la respiration légère d’un corps à la nervosité vaincue, presque cuit.
le hochement paresseux de mon sexe sous l’eau.
des nappes de peaux mortes à la surface, de poils
et de savon, vivante dentelle opaque,
font disparaître mes jambes par endroits.
frotter. frotter cette peau, la bouillie, la rose.
quitter l’obsolète pénultième peau.
gratter, réduire l’étui qui me tient, la gaine.
dénuder, s’avancer un peu. contre l’air plus senti
déjà les brindilles des veines frissonnent.
frotter la peau. approcher. être de retour.

4 commentaires:

Une Nouille Martienne a dit…

partir d'un slogan presque politique et très XXI siècle où tout doit être aseptisé inodore sinon ... s'en suit une plongée plus personnelle à la recherche d'un soi sous carapace opaque et pourtant 'etre de retour"

je ne sais pas pourquoi ce qui aurait pu n'être que caustique (notre rapport aux odeurs)pour mettre en exergue l'interrogation (subconsciente ?) de l'existence d'un 'moi' plus brillant ... donne à la fois la tentation d'une profonde réflexion et un bain de déprime quotidienne propre (oui, j'ose hahaha!)à notre mode de vie privilégiée trop déconnectée de la réalité

bref, j'ai aimé être plongée dans votre bain

Stéphane Bernard a dit…

Merci à vous, que d'ondes où me replonger !

Thierry Roquet a dit…

Il me semble que Jim Flahaut a lu ce texte à Mars Attaque ;-) Un texte qui me "parle", qui me touche particulièrement.
Etre de retour parmi les autres, être de retour avec Soi.
Par l'hygiène, geste aussi simple que socialement indispensable.
Etre de retour signifie qu'on en a été éloignés (plus ou moins longtemps) et la tentation de l'éloignement peut revenir. Car l'hygiène d'un moment ne soigne rien, de ce qui ronge intérieurement ; un leurre nécessaire et savoir s'en contenter pour se sentir de retour. Bon ton texte est bien mieux que que mon commentaire, hein ;-)

Stéphane Bernard a dit…

Merci, Thierry, et non ton commentaire est très bon, et oui Jean-Marc l'a choisi pour sa lecture, agréable surprise et belle petite joie !