à pleins regards

je dois être là. je me dois d’être là.
sentir toute peau.

grâce à la mienne capter automatiquement
celle un peu rugueuse de la péponide quand je la passe sous l’eau.
et simultanément sentir le filet d’eau,
velours liquide glacé,
régulière sa caresse sur mes doigts.
entendre en permanence le tambour d’inox de l’évier
rendre ce qu’il peut du jeu d’un homme et d’un fruit.
pluie monocorde.

je dois être là.
à pleins poumons, terminaisons à l’affût.

humer cette odeur neutre d’agrumes secs, de vaisselle propre.
accepter comme la sensation d’une chose plus agréable
ce froid qui monte insidieusement du carrelage dans mes pieds.

je devrais être là.
j’ai dû être là.
mais maintenant, le couteau à la main,
prêt à tailler,
je ne suis qu’à ce que je ferai le repas terminé.

3 commentaires:

Une Nouille Martienne a dit…

analyse chirurgicale d'un instant bien présent
se concentrer sur chaque sensation... sous peine de dissolution ?

et puis soudain ce saut dans le futur

j'ai suivi chaque vers comme dans un film en retenant ma respiration

nota : bravo pour la péponide J'adore l'utilisation judicieuse de la richesse de notre vocabulaire

Stéphane a dit…

Merci, mademoiselle !

charles b a dit…

il faut que tu lise Fernando Pessoa si ce n'est pas déjà fait... tu y retrouveras des correspondances tout autant blêmes que savoureuses et diaphanes et ténues...